Journal terreau 1) Par où commencer ?

Lavernat, 02 avril 2020

10h30 : je démarre ce site plus rapidement que prévu (j’ai dû l’ouvrir en urgence, cet après -midi, pour faire migrer les contributions d’un concours de dessin et de texte libre lié au confinement). En marge de cette page dédiée au concours, je me dis que je dois présenter rapidement la terragraphie. Par où commencer ?  L’énoncé des statuts de l’association ne montre pas dans quel terreau ils sont enracinés. Il me faut présenter mes implications de lecteur et de graffeur de texte de recherche. Parler de Simondon, Lefebvre, Hess, Bellelle, Norel, Latour, par exemple.

Je voudrais commencer par Remi Hess. Il fut le directeur de mes études pendant sept ans (de 2006 à 2013). Je possède dans mon ordinateur le texte d’un entretien que j’ai réalisé, chez lui, le mercredi 21 octobre 2009. (Le texte a été ensuite repris par lui en octobre 2010). Ce texte permet de montrer, sans effort, une grande part de mes implications de diariste. Celles-là même qui me font aujourd’hui migrer vers le métier de terragraphe. Par où commencer pour décrire pour explorer cette nouvelle discipline ? Par la rue Marcadet à Paris, chez Remi Hess.

Vendredi 03 avril 2020

18h54 : J’ai demandé à Anne si le slogan quelques terres à graphe, quelques graphes à ne pas taire était compréhensible. Elle m’a dit “parfait, il te correspond bien !”

plus tard : la constitution de l’association ne s’inspire pas uniquement de la pratique institutionnaliste de Remi Hess. Elle doit, aussi, beaucoup à Bruno Latour. Lorsque nous évoquons, en octobre 2019, dans la formulation de nos objectifs « les êtres de « tout poil » (organiques ou non)” nous avions en tête le regard de l’auteur sur la manière, peu avouée, dont les modernes ne cessent, bien heureusement, d’institutionnaliser un collectif fait de plus en plus d’humains-et de non humains. Être de peu de poil (ou de trop multiples, je ne sais pas) le virus COV19 met à poil nombreuses de nos institutions. Il nous faut maintenant porter d’autres vêtements et pas seulement des masques FFP2.

Ma sœur Emmanuelle vient de m’envoyer un questionnaire proposé par Bruno Latour dans AOC, Il était, ce matin, sur France Inter.

Dimanche 05 avril 20

11h : la suppression de la page liée au concours de dessin et de texte libre que j’avais initié sur le site de mon village m’a « forcé » à ouvrir ce site. J’aurais pu le faire plus tôt, j’ai longuement hésité à l’ouvrir juste après la suppression d’un de mes extraits de journaux sur un autre site que je gère aussi.

Depuis le 02 avril, j’ai surtout consacré mon temps d’ordinateur à la mise en forme du site. Je n’ai pas, aujourd’hui, la tête à polémiquer. Je n’ai pas eu envie de raconter les deux censures de graphe subies à quinze jours d’intervalle.

Hier soir, on a regardé sur Netflix, les deux derniers épisodes de la série the English game . On y voit la figure du diplomate décrit par Latour dans politique de la nature. L’acteur qui joue le rôle de Lord Kinnarid, (le futur président de la fédération du foot anglais de 1890 à 1923) flirte avec la traitrise de son camp de nantis lorsqu’il dit à ses amis “de quinze ans” que l’institution du football appartient, aussi, aux ouvriers du nord du pays. Le personnage dit à ces amis quelques chose comme « tout nous dépasse, tout cela dépasse notre amitié. »

L’institution des questionnements liés à cette période de confinement me semble presque aussi importante que celle liée à l’institution du football. Elle dépasse, donc, le niveau des clubs. F. l’a bien compris juste après avoir subi la censure de la page du concours sur le site communal qu’il gère avec moi. Il s’est excusé auprès de moi pour avoir participé au rejet d’un de mes textes sur un autre site (celui de notre club). Cette démarche m’a beaucoup touché. Il y a des engagements “évidentiels” qui dépassent l’amitié, mais l’amitié peut aussi rendre encore plus évident ces engagements.

Après avoir fait migrer sur ce site les contributions du concours, j’ai créé un article pour présenter les statuts de l’association terragraphe, puis un autre pour commencer à décrire cette discipline. J’ai déposé, dans ce sens, le texte d’un entretien réalisé il y a onze ans, chez Remi Hess. L’entretien est long, Remi Hess parle beaucoup. Anne a essayé de le lire, mais elle s’est vite agacée : « ça m’ennuie que tu laisses autant de place à un autre».

Je voudrais aujourd’hui commencer à répondre au questionnaire de Latour transmis par ma sœur. A premier vue, il me semble que Bruno Latour oublie de donner un conseil technique à ses lecteurs : si vous n’arrivez pas à répondre, d’un coup, à l’ensemble de ces questions, utiliser la pratique du journal de bord.

En résumé : pour démarrer l’écriture de ce journal extime centré sur la terragraphie, j’évoque mes liens de lecteur et de grapheur de texte de recherche au mouvement institutionnaliste (Hess) dans sa version la plus technique (Simondon) et la plus terre à terre possible (Latour). Ce questionnement sur la fabrication de nos terrains communs obligeant, régulièrement, à trahir les logiques de clôture, je dis, aussi, que ces liens de recherche ne font pas bon ménage avec les liens amicaux : en tout cas, provisoirement, car seuls ces liens sont en mesure de générer de nouveaux terrains d’exploration.

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