Disciple de Freud (69)

DOCUMENT N°69

Sources : Journal de bord mairie, 18/04/2020


Jeudi 16 avril 2020

Bonsoir Bertrand

Je n’ai pas eu l’occasion de communiquer suffisamment avec toi lors de conseils municipaux pour apprécier l’étendue de ton érudition, mais en parcourant avec attention tes écrits, je me dis que nous devons être, mon épouse et moi dans la foule des gens, pas uniquement de Lavernat d’ailleurs, qui sont sans instruction voir bêtes. Mon degré d’instruction ne me permet pas de comprendre les réflexions d’un disciple de Freud. Juste pour info, la touche d’anglais read more n’est pas forcément compréhensible pour tout lecteur non anglophone.

Un point me surprend. Pourquoi devoir passer par un site communal pour accéder à ton ou votre site personnel ?

Il me parait primordial que le site de la mairie soit et reste NEUTRE POLITIQUEMENT ET IDÉOLOGIQUEMENT, reste compréhensible par une majorité de Lavernaises et Lavernais ? Qu’il reste factuel et que celles et ceux qui veulent et peuvent comprendre et partager ton savoir et tes idées le fassent en se connectant directement sur ton site.

Nous restons attentifs à tout ce qui concerne Lavernat car nous sommes toujours Lavernais.

Cordialement,

B.

Samedi 18 avril 20

Bonjour B.,

Le journal que tu as lu explore un champ de recherche qui n’intéresse pas tout le monde, évidemment. Si tu as l’occasion de retourner sur le site, je pense que les extraits de journaux d’une animatrice d’EPHAD pourraient sûrement plus t’intéresser, car je me souviens que tu t’es beaucoup impliqué auprès de personnes âgées.

Je pourrais dire que, pour ma part, ce fut, aussi un peu, compliqué de te lire, car ton message dit le contraire de ce qu’il annonce. Il fait l’éloge du factuel, mais il montre du ressenti et du subjectif. Pourquoi pas, en fait, j’adore ! Le bout de phrase « les réflexions d’un disciple de Freud » s’appuie, par exemple, sur des impressions plutôt que sur des faits. Le factuel de mes travaux conduirait plutôt à croire exactement l’inverse, mais le mépris pour les sciences dites « subjectives » conduit, ici, à la méprise de la réalité dite « objective ». La ficelle (de la bobine de Freud) est un peu grosse, mais c’est amusant. Ton message montre à quel point il est difficile, voire impossible, lorsqu’on se réclame du camp (pour le coup, hyper politique) du « factuel » d’être neutre émotionnellement et idéologiquement.

Encore une fois, j’apprécie ce style d’écriture qui enchevêtre les frontières. Je te l’ai dit en 2015, j’avais aimé lire ton récit publié dans le petit écho de Lavernat sur une fête des voisins à Bellevue. Il y avait des faits concrets, mais aussi des idéaux humanistes. « Souhaitons que malgré les difficultés et la morosité ambiante, de tels moments de convivialité et de partage voient le jour sur d’autres secteurs de notre commune ». C’est une très belle phrase que je pourrais signer avec toi. Cependant, si elle apparaissait dans le concours de textes libres, des personnes ne seraient-elles pas, aujourd’hui, capables de la juger trop partisane ?

La première rubrique que l’on rencontre sur le bandeau du site de la commune de Lavernat est celle qui est réservée aux contributions lavernaises : quelques textes et quelques-uns des dessins libres y apparaissent. Cette rubrique, qui a été initiée dans le petit écho dès 2014, est tout à fait modeste, mais elle a le mérite d’annoncer la couleur : en marge des contributions sonnantes et trébuchantes imposées par les impôts locaux, les lavernaises et les lavernais peuvent contribuer à l’amélioration du « bien commun » en le dessinant et l’écrivant à leur guise ! Le lendemain de l’annonce des mesures de confinement, j’ai, en quelque sorte, fait glisser cette rubrique sur la page centrale du site, car il semblait urgent de mettre en avant cette possibilité, pour les habitants du village et même du « canton », de s’exprimer sur ce « mal commun » qui nous touchait toutes et tous.

J’ai immédiatement reçu beaucoup de messages de félicitation et d’encouragement. Lavernat fut mis en avant d’une façon positive dans la presse locale. La publication de contributions dans certains de ces journaux a été même suggérée. Il semblait, qu’au lendemain d’un premier tour d’élection, cette initiative permettait de fédérer plutôt que de diviser. Dix jours après le lancement de ce petit concours, on nous a demandé de le retirer. Comme l’association lavernaise terragraphe était en train de préparer l’ouverture de son site, elle a accepté d’anticiper son ouverture pour héberger le concours en urgence. Ce n’était pas du tout son souhait initial : voilà pour la raison du lien web de « migration » entre le site de la commune et celui de l’association.

Aujourd’hui, en t’écrivant, je me dis qu’un autre site aurait pu accueillir ce concours : le site web d’un groupe de candidats à l’élection municipale dont je t’épargne le nom. Au lendemain du lancement du concours, j’ai d’ailleurs déposé un extrait de mon journal de campagne sur ce site. Je l’ai ensuite retiré, car la majorité de mes « collègues » du premier tour m’ont dit, comme toi, qu’ils ne comprenaient pas le bricolage de mes phrases. Pire, ils se demandaient -certainement à juste titre pour quelques passages – si j’écrivais « pour » ou « contre » eux. Je crois, cher B., que l’on se rejoint tous les deux sur ce point. Nous trouvons plus utile de décrire ce qui nous passe par la tête, plutôt que d’obéir à ceux qui nous disent « je ne veux voir qu’une seule tête ! »

L’hypothèse de déposer le concours sur ce site de campagne électorale : franchement, je n’y ai pas pensé. Je te dis cela, car si je t’ai bien compris, B., tu reproches à ce concours d’avoir une arrière-pensée partisane. Pourtant, dans un extrait de journal visible sur le site (« l’autre côté de la barrière »), je donne, en partie, raison à la décision de supprimer ce concours sur le site de la commune. Pourtant, au moment où j’aurais eu l’occasion de mettre en valeur mon « parti pris » municipal, cette pensée de valoriser mon camp par le truchement de ce concours ne m’est pas venue. Mais, puisque tu aimes citer Freud, peut-être me diras-tu que c’est bien là le signe d’un refoulement inconscient ?

J’ai confiance dans l’intelligence collective. Hier soir, en regardant à la télé un documentaire sur Brassens, j’ai pensé à ce que l’on chantera dans quelques mois à Lavernat :

Des juges pensaient, impassibles :
« que ce concours est du bon,
c’est complètement impossible".
La suite leur prouva que non.

Joli, non ?

J’espère que le quotidien du confinement ne vous pèse pas trop. Vous sentez-vous, comme nous à Lavernat, parmi les confinés qui ont plutôt de la chance ? La santé et le moral restent-ils bons ?

Cordialement,

Bertrand

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