Lieu commun 2016 : quelques pistes (75)

DOCUMENT N°75

Source : BC, journal de bord Mairie, 20/11/2016

Texte pas bien fichu, mais envoyé à mes collègues de l’équipe municipal le 20 novembre 2016


QUELQUES PISTES POUR LE « LIEU COMMUN » 

LIEU PUBLIC PLUTÔT QUE PRIVÉ

N’est-il pas possible de dire que notre fonction d’élus municipaux vise l’entretien, l’amélioration voire la production de biens et services publics sur Lavernat ? Ce bien commun, comment le définir, comment le délimiter, comment le métamorphoser ?  Ces questions que je posais, en 2014, dans notre premier bulletin municipal me semblent toujours d’actualité.

J’habite en périphérie du village. Je peux dire que depuis des années, nous cherchons en vain un lieu neutre où organiser une fête des voisins. Si nous sommes entourés de grands espaces, les chemins restent nos seuls « communs ». Malgré les grands espaces sans habitation qui nous entourent, un lieu public de proximité nous manque (aménagé, par exemple, d’une table de pique-nique).

Ce paradoxe d’une campagne pauvre en espace public ne caractérise pas Lavernat. J’ai fait, cet été, du camping sauvage en Europe du Nord. Le constat est le même : il est bien plus facile de se poser en ville qu’à la campagne ! Dans la campagne, l’espace privé rogne, de plus en plus, les lieux communs, même dans un pays comme la Suède où l’accès de tous à la nature est garanti par la loi.

LIEU DISSOCIATIF PLUTÔT QU’ASSOCIATIF

Les anciennes cartes postales de Lavernat montrent comment la route jouait ce rôle d’espace public. L’augmentation de la circulation a privatisé cet espace et les modes de vie ont changé. Aujourd’hui, nous ne partageons plus autant les mêmes lieux et les mêmes temporalités. Nous « habitons » aussi quotidiennement les communes alentours en y travaillant, consommant etc…

La fête des Nouzillards permet, chaque année, de nous resynchroniser sur un temps et un lien commun en occupant massivement notre ancienne voie publique. Mais nous le voyons, cette synchronisation est de plus en plus difficile à organiser. Nos lieux et temps (personnel et public) semblent si atomisés que notre vie de village s’organise sur un mode « dissociatif » plutôt qu’associatif. Que nous le déplorions ou non, voilà notre « lieu commun ». Voilà ce que nous devons prendre en compte au moment où nous réfléchissons à l’aménagement de l’espace public du centre bourg.

LIEU INFORMEL PLUTÔT QUE FORMEL

  • Si l’on continue à rêver à cette vie « associative« , nous devons prévoir un aménagement du bourg qui privilégie des lieux publics formels (à l’exemple des bureaux de la mairie ouverts à des heures précises, des lieux communaux loués ou prêtés contractuellement (salle polyvalente de la mairie, salle des fêtes, lieux de stockage pour association…).
  • Si l’on veut prendre en compte notre nouvelle vie de village (vie plutôt dissociative, donc), il nous faut privilégier des lieux publics moins formels, moins autoritaire d’un point de vue la synchronisation du temps et de l’espace (à l’exemple des espace jeux vaguement délimités au centre bourg et plus anecdotiquement, à l’exemple de cette plateforme de débats non synchrones).

On remarque que les investissements communaux ont surtout privilégié les espaces publics formels tandis que les espaces informels ont été très peu investis financièrement et politiquement. Depuis le début de notre mandature, combien de secondes de débat autour des espaces informels (terrain de jeux, mais, aussi, site public internet) comparativement aux heures (aux jours) de débat autour de l’emplacement des bureaux de la mairie ?

LIEU D’ELUS PLUTOT QUE DE TECHNICIENS

La réflexion que nous lançons avec Fabien Maisonneuve sur un espace public informel au centre bourg semble complexe à conduire. On nous demande des explications ! Comment appeler ce lieu ?  Qui va s’en occuper ? Qui va le fréquenter ?  Quand ? Pourquoi ? Bref, quelle forme voulez-vous lui donner !

De fait, nous voulons convaincre de la nécessité d’aménager un espace public tout à fait nouveau sur Lavernat. De fait, ce nouveau ne dévoile pas, en lui-même, toutes ses explications. Sa compréhension s’inscrit dans un processus en devenir. Pour autant, ce projet n’est pas abstrait ou utopique. Il prend simplement en compte l’actualité de notre vie villageoise : une actualité plus concrète, plus complexe, plus large, plus dissociée que celle privilégiée, jusqu’à aujourd’hui, par les aménagements de notre commune.  

Ce projet de lieu commun, de maison pour tous (de préau, de parc, de jardin, de pépinière, de jeux etc…) ne rassure pas. Nous posons cette question : a contrario, ne devrions-nous pas nous méfier d’un projet donnant par avance toutes ses explications ? Déménager les bureaux de la mairie ailleurs, c’est créer de l’identique. N’importe quel technicien de base peut expliquer ce projet (« technicien », ici, au sens péjoratif de l’administration française). (En d’autres mots, on visualise très bien ce que signifie le déplacement de bureau d’un bâtiment à l’autre. Mais justement, le visualisant si bien, on comprend qu’il ne s’agit pas d’un projet politique d’élus mais d’un projet prévisible de techniciens).

LIEU D’USAGE PLUTOT QUE D’ECHANGE

Nous habitons tellement de lieux distincts, contradictoires et privés que notre vie villageoise devient de plus en plus incertaine, temporaire et aléatoire.  Notre vie rurale est certainement plus problématique que celle des villes environnantes. Entre élus, (mais pas seulement), nous nous demandons comment faire « habitation commune » à Lavernat malgré nos modes habitation si diverses ? Le déménagement des bureaux de la mairie ne répond pas à ce problème. Pire, il renforce la spécialisation (privatisation bureaucratique) d’une partie de notre espace pourtant public. Avec Fabien Maisonneuve, nous ambitionnons la déspécialisation d’un lieu qui s’affirmerait comme banal, commun. Un lieu neutre qui échapperait aux valeurs d’échange des autres lieux d’habitation.

Donc voilà…notre projet mise sur la capacité de chacun à en faire usage. Usage pour de dérisoires rencontres ! Peut-être, mais usage tout de même !  Son efficacité ne se mesurera pas à la quantité des échanges, mais à la qualité de ces usages. Comment faire du commun dans notre commune ? Nous défendons l’idée que c’est au travers la qualité des usages publics de ce lieu commun, que de proche en proche, quelques solutions (mais aussi quelques nouveaux problèmes !) se construiront.

LIEU DE RÉSEAUX CHOISIS PLUTÔT QUE SUBIS

L’aménagement d’un espace public s’adressera aux enfants, aux familles, aux anciens… mais aussi aux gens de passage. Les clients du bar et les locataires de la salle des fêtes seront, peut-être, les premiers ou les plus nombreux à fréquenter le lieu.Avec ce futur lieu public, nous ne pourrons pas échapper à cette articulation entre l’ici et l’ailleurs. Il sera le « lieu » du village, mais aussi, notamment, celui de l’Etat républicain, civique, laïc, etc… C’est à travers cette appartenance que ce lieu échappera à l’emprise trop restrictive de l’identité du village. On y fera (ou non) société au nom de valeurs encore plus communes que celle de notre commune.

Nous le regrettons tous : nous subissons trop fortement les réseaux qui englobent notre village (réseau administratif des communautés de communes, réseau privé des ordures ménagères, etc…). Avec ce projet d’aménagement de plein vent, nous avons l’occasion d’inscrire notre village dans des réseaux que nous choisirons : réseau scientifique (conservatoire de telle ou telle plante, en s’appuyant par exemple sur nos Nouzillards déjà présent à l’Arche de la Nature), réseau culturel (relais avec une médiathèque du département), réseau interculturel (animation autour d’un jumelage), réseau des chemins de randonnée, réseau sportif, technique, éducatif, etc… C’est à cette condition que les habitants pourront être fiers de leur nouveau centre communal.

CE QUE NOUS Y TROUVERONS 

Je suis d’accord avec la demande de Bernard :  prenons en compte l’ensemble de notre bien immobilier. Mais comme Fabien Maisonneuve, je trouve plus essentiel de financer nos équipements extérieurs. Le presbytère doit-il être central ? C’est possible, mais il nous faut réfléchir en termes de circulation. Un lieu trop statique perd vite son attrait. Il faut encourager la circulation piétonne entre la salle des fêtes et le cimetière en passant par le presbytère (des panneaux de présentation historique pourraient ponctuer les lieux clés). Dans le parc et ses alentours, il nous faut créer des allées, voire des pistes à thèmes (botanique, sportif, ludique).

L’aire de jeux sera aménagée. Ici et là, des tables et des bancs pour de petites affiliations. Contre le presbytère, un préau et sa large terrasse pour les rassemblements plus nombreux.  Ce préau (tout comme le site internet qui l’accompagnera) agira comme une interface entre des socialisations temporaires que permettra le parc, et l’engagement dans des activités plus régulières (qui pourraient avoir lieu dans le presbytère). On y trouvera une boîte à livre, un tableau de craie. Un écran TV et des bancs pourraient être sorti le soir d’un film, d’un match, d’un débat. Pépinière d’idée, le préau (tout comme son site internet) mettra en valeur la capacité des habitants à agir. On lira les classiques offres « associatives », mais les associations du village ne seront pas les maîtres du lieu : des annonces d’activités plus expérimentales disputerons leur légitimité. Plutôt qu’une maison des associations, nous prévoyons une sorte de préau des dissociations : la vie associative sera rebattue et, de leur côté, les élus sauront rester humbles et patients. Nul expert, nulle attente, nul angélisme : simplement, un lieu pour prendre collectivement la mesure de nos capacités -et de nos incapacités- à fabriquer du commun.

ET LA MAIRIE DANS TOUT CA ?

Je repère trois-fonctions pour notre mairie :

  • fonction symbolique (le drapeau, la photo du (de la) président(e), les isoloirs …)
  • fonction technique (le hall, les bureaux, l’informatique, les dossiers, les archives…)
  • fonction délibérative (la salle de réunion et autres lieux informels de palabres…)
MAIRIE ACTUELLEPRESBYTÈRE
 Fonction symbolique (vote, cérémonies)
 Fonction technique (service administratif)
Fonction délibérative (réunion de conseil) 

Dans l’hypothèse d’un déménagement de la mairie, nos finances imposent la création d’une mairie temporairement incomplète.  

Pour le moment, le projet de déménagement des bureaux propose cette répartition :

MAIRIE ACTUELLEPRESBYTÈRE
 Fonction symbolique (vote, cérémonies)
Fonction technique (service administratif) 
 Fonction délibérative (réunion de conseil)

Si l’on tient absolument à déménager la mairie, (et dans le cas où l’on aura, au préalable, privilégié les aménagements extérieurs) le projet Lieu commun n’est pas incompatible avec cette seconde proposition :

Cette option permet de laisser la fonction technique à sa place actuelle. Place qui a sa cohérence dans la ligne de service du village : Café/ Epicerie/ Boîte aux lettres de la Poste/Porche d’information/ Bureaux mairie. Dans l’attente de la vente de ce lieu, cette option offre, de plus, une grande salle supplémentaire pour des bureaux.

Si c’est possible, on aménage une salle polyvalente dans le presbytère. Avec l’espace public environnant, le lieu sera plus sécurisant et accueillant pour tous les âges, même (surtout) si aménagement reste frugale. En plus de cette salle polyvalente, une autre salle pourra accueillir les pratiques de réseaux évoquées plus haut (médiathèque, expositions, jumelage).

LIEU COMMUN ?
Les pistes, le parc ?…   Lieu commun c’est-à-dire « banal ». On en fait usage.  (Usage pour de dérisoires rencontres ! Peut-être, mais usage tout de même !) Le préau, le site internet ?…   Lieu commun, c’est-à-dire, lieu de « mise en commun » à propos de nos capacités et de nos incapacités à agir.Salles « presbytère » ?…   Lieu commun, c’est-à-dire « communal », salle des « réseaux » et salle polyvalente pour les pratiques associatives, le conseil, les cérémonies, les votes…  

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