Élection munici-scrabble (82)

DOCUMENT N°82

Source : journal campagne 07/07/2020


07 juillet 2020, j’ouvre une nouvelle partie.

Je reviens brièvement sur une « discussion » dont la conséquence fut assez décisive pour la vie « municipale » du village. Nous sommes un samedi matin du milieu de l’automne 2019. Je suis assis du côté de Fabien et Jean-Philippe. Auguste est assis derrière son bureau de Maire. F dit que nous avons réfléchi à la création d’une liste. Il demande à A de se positionner.

  • F : – Que veux-tu faire ?
  • A : – Ça dépend de avec « qui » vous partez !
  • F : – Avec toi si tu veux, mais pas nécessairement comme maire.
  • A : – Alors qui sera le Maire ? Tout le monde n’en est pas capable sauf peut-être B !
  • F & JP : Si, d’autres que toi sont capables !
  • A : Alors qui sera le Maire ?
  • F, JP, B (silence)
  • A : Ça sera sans moi !
  • F, JP, B, A : cela ne nous empêchera pas d’avoir de bonnes relations !

Fin de la discussion !

Je ressors de la mairie plutôt dépité. Pourquoi, par exemple, s’être focalisé sur le choix du futur maire ?  Le nom que l’on placera tout en haut de la liste est-il si essentiel ? (Le nom  « précis » du premier ou même un projet d’équipe  « évasif » ne sont-ils pas moins essentiels qu’une « entente » sur des manières concrètes de fonctionner ?)

Je me dis, aussi que j’ai un métro de retard. Je n’étais pas présent une heure plus tôt lorsque A a insulté JP, ni quelques semaines plus tôt lorsque A s’est senti dessaisie de l’inauguration Parc Fleuriot, ni, surtout, six ans plus tôt lorsque JP et F ont été « chercher » A pour lui proposer de jouer le rôle maire.

Ce jour-là, j’ai l’impression d’avoir assisté à une partie de Scrabble où chaque participant a voulu placer son mot au « complet » avec toutes les lettres. Mon mot était diplomatie : « faisons ensemble avec nos campements distincts !».  Le mot d’Auguste était son propre prénom : « faisons avec moi ! » Le mot de Fabien était émancipation : « faisons sans toi ! » Le mot de Jean-Philippe était courage : « soyons plus courageux individuellement et collectivement ! »

Tout le monde avait son mot à dire, mais personne n’a voulu mêler ses lettres (de noblesse) avec celle des autres. Aucun mot nouveau n’est sorti du jeu : rien ne s’est joué ce jour-là. Et c’est pourtant à cause de ce qui ne s’est pas joué que tout s’est joué par la suite : la constitution des deux listes, les explications (ou plutôt les non-explications), les caricatures (et les auto-caricatures), les replis dans des « campements ».

Ce fut un mal pour un bien. L’avantage de ces deux listes (plus une candidature isolée) fut l’ouverture à de plus larges transversalités. Dans notre équipe, il y a eu des conviviaux moments de discussion politique, de la pensée du possible. Ce moment a ouvert notre « coefficient » de transversalité. A ce point que, au moment du vote, face au constat de notre liste très « masculine », certains d’entre nous ont jeté dans le « sac opaque » les lettres des noms de nos propres colistiers au profit de celles de colistières de la liste « adverse » ! Et visiblement, comme ces colistiers – joueurs de Scrabbles dans l’âme – une bonne part des autres électeurs s’est, aussi, amusé à croiser des noms présentés dans les différentes listes.

Bref, il ne semble pas excessif de remarquer que la partie de Scrabble qui ne s’est pas jouée, ce jour de milieu d’automne 2019, dans un bureau de la mairie, s’est finalement jouée à la fin de l’hiver et au début de cet été 2020, dans ses isoloirs.  

Fin de la partie.

Bertrand Crépeau Bironneau

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