Séminaire sur la nouvelle classe écologique (séances 1 à 8)

Séminaire, Remi Hess

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1) POURQUOI FONDER CE SÉMINAIRE D’ÉCOLOGIE POLITIQUE ?

Première séance, Université de Sainte-Gemme, le 7 janvier 2022, 17 h,

Véronique Dupont : Je souhaiterais ouvrir aujourd’hui, ici à Sainte Gemme, un séminaire qui va durer quelques temps autour de l’écologie politique. Nous pourrons nous appuyer sur quelques références, tout particulièrement sur le Mémo paru aujourd’hui (éditions la découverte) sur la nouvelle classe écologique dont les auteurs sont Bruno Latour et Nikolaj Schultz (95 pages, 14 euros). Ce séminaire va s’organiser autour d’un dialogue entre Remi Hess et moi-même, mais il associera au fil des séances les personnes qui le souhaiteront. Remi, es-tu d’accord pour t’engager maintenant dans ce nouveau chantier ?

Remi Hess : Oui. Cela fait un moment que nous avions le projet de ce séminaire et le jour de cette séance inaugurale est bien choisi. Effectivement, l’ouvrage auquel tu fais référence peut être une lecture commune pour toutes les personnes qui participeront à ce chantier. Cette participation sera active, ou par la description ou l’analyse des pratiques de cette nouvelle classe écologique à laquelle nous avons conscience d’appartenir, ou la restitution de l’engagement dans des pratiques de changements qui contribueront à l’émergence de cette nouvelle conscience de classe écologique.

Véro : Il s’agit d’un séminaire ouvert à toutes les générations puisque ce sont surtout les jeunes, mêmes s’ils ne sont pas encore électeurs, qui sont aujourd’hui porteurs d’une conscience de l’urgence de lutter pour une habitabilité de la planète et de la nécessité d’intervenir politiquement pour changer le paradigme productiviste qui anime les classes sociales au pouvoir, qu’elles soient libérales ou socialistes. J’ai l’accord d’Émilie (née en 2015), Simon (né en 2009), Louise (née en 2011) et quelques autres pour participer à ces échanges.

Remi : Je viens de lire d’un trait ce Mémo dont l’annonce avait été faite sous la forme de trois pages d’entretiens avec Bruno Latour dans Le Monde au mois de décembre. Le livre fait l’objet de deux pages dans le numéro de Libération d’hier (6 janvier). Ce Mémo a quelque chose à voir avec un Manifeste. Il fait penser par son ambition au Manifeste du Parti communiste de Karl Marx au XIX° siècle… Les idées défendues dans ce petit texte ont déjà fait l’objet de nombreux commentaires….

Véro : Nous ne nous priverons pas de les lire, de les commenter, de les prolonger… Je sais que tu as lu Bertrand Crépeau, l’animateur du site Terragraphe, qui commente depuis des années les écrits de Bruno Latour…

Remi : Ce matin, sur France Inter, Bruno Latour était invité à parler de ce Mémo. Il a montré que cette classe écologique était domiciliée sur un autre sol que la classe libérale porteuse du productivisme et de l’exploitation de l’homme par l’homme, ou encore de la classe néofasciste qui occupe beaucoup les médias ces dernières semaines. Le sol des néofascistes, c’est l’arrière-monde, le passé, la tradition. Pour nous, romantiques révolutionnaires, l’âge d’or n’est pas derrière, mais devant nous ! Nous nous inscrivons dans une pensée du possible, qui a eu ses précurseurs (Joaquim de Flore, Ernst Bloch, Henri Lefebvre, René Lourau…). Nous sommes des praticiens et c’est avec les acteurs que nous penserons. L’intellectuel aura sa place parmi nous, en tant qu’intellectuel impliqué.

Véro : Notre objectif est de travailler à la prise de conscience de l’existence de cette classe et de montrer que contrairement à ce que veulent faire croire les sondages pré-électoraux, cette classe n’est pas si marginale que cela… Elle pourrait même être majoritaire si elle prenait conscience de son Da-sein.

Remi : Nous ne pouvons pas nier que ce séminaire va trouver sa place dans un contexte de campagne électorale présidentielle en France et ce qui sera intéressant, c’est de montrer la transversalité des questions politiques et sociales que peut porter cette classe, par opposition à la classe néo-fasciste qui ne porte qu’une question : celle de l’identité nationale, qui est un sol qu’occupent les personnes sans perspective. La question de l’identité est une sorte de terre de repli pour les personnes inquiètes qui n’ont plus d’horizon.

Véro : La classe écologique porte un avenir qui suppose un bouleversement des priorités. Les partis écologiques sont trop souvent perçus comme porteurs d’un projet punitif et semblent ennuyeux dans leur description catastrophique de la situation… Les activistes, militants, agents de développement social qui appartiennent à cette classe travaillent depuis des années à une prise de conscience élargie des questions climatiques… Pour avoir un impact électoral, il faudrait convaincre et mobiliser les masses. Pour cela, il faut du temps ! Cela ne se fera pas en quatre mois. Il a fallu des années pour que les valeurs libérales ou socialistes gagnent des majorités. Arriver au pouvoir demandera des relais à tous les niveaux de la société.

Remi : Notre séminaire portera avec lui un projet éducatif. Faire de la formation aux questions du climat et de l’écologie un projet de société suppose que l’on fasse aussi de l’éducation un projet de société. Et ce projet s’incarnera, là où nous sommes dans des structures éducatives nouvelles. Ainsi, sur Reims et dans sa région, nous travaillons à la création d’une université populaire écologique.

Véro : On pourra en reparler dans nos prochains entretiens… Pour aujourd’hui, invitons nos lecteurs à lire le Mémo qui nous servira à entrer dans la problématique !

Remi : A demain, donc !

2) ANALYSE INSTITUTIONNELLE ET ÉCOLOGIE POLITIQUE

Deuxième séance, Université de Sainte-Gemme, le 8 janvier 2022, 16h20,

Véro : Nous avons convenu de nous voir régulièrement pour parler d’écologie politique. Hier, tu as trouvé que le moment était venu de travailler ces questions du fait de la parution du Mémo sur la nouvelle classe écologique, de Bruno Latour et Nicolaj Schultz. Ce qui me frappe dans cet ouvrage, c’est le rapport au temps. Les auteurs nous expliquent que les partis politiques vivent au rythme des échéances électorales. La lutte contre le réchauffement climatique s’inscrit dans un autre rapport au temps. Bruno Latour pense qu’il faut que la nouvelle classe écologique parvienne à conquérir une majorité autour des questions climatiques pour pouvoir exercer le pouvoir. Sans majorité active pour mettre en pratique les réformes, pas de prise du pouvoir d’État qui ait du sens. Yannick Jadot se bat pour être au second tour… Ils sont tous les deux dans des temporalités différentes !

Remi : Oui. Cette question du rapport au temps est vraiment importante. Nous vivons individuellement des rapports différents aux temps multiples qui nous traversent : il y a un rythme spécifique, singulier dans chaque institution (la famille, le quartier, le boulot, etc)… D’une institution à une autre, différences de rythmes.

Véro : Nous retrouvons là la théorie des moments !

Remi : Hier, je donnais le cours de tango à Dormans. Lionel, le vice-président de la MJC passe. Je lui demande s’il y aura un report de l’assemblée générale, annulée lundi du fait de la covid. Il me répond que l’on attendra l’année prochaine ! Le temps, les rythmes institutionnels des associations sont chahutés par la pandémie… et celle-ci devient un analyseur de ce qui fait vraiment sens.

Véro : Oui. Aujourd’hui, celles et ceux qui sont vaccinés surveillent le calendrier pour être sûrs d’être dans les délais pour leur troisième dose ! Il y a la date du 15 janvier ! Il y a des délais pour avoir son pass. Comme nous ne sommes pas tous malades au même moment, et que nous ne sommes pas dans les mêmes classes d’âge, les dates de vaccin sont différentes pour chacune, pour chacun. Il y a un temps social du pass sanitaire, puis du pass vaccinal et il est vécu différemment par chacun.

Remi : C’est un bon exemple de ce rapport diversifié à la temporalité. La société classe maintenant les personnes dans des classes d’âge : plus de 80 ans, entre 50 et 80, entre 18 et 50, etc. Cela descend en dessous. Si dans la même classe de sixième, des enfants sont nés en 2011, ils ne seront pas dans la même catégorie que celles et ceux nés en 2009. Les journaux et les humoristes se moquent de la réglementation mise en place dans les écoles (qui change d’ailleurs tous les jours !). Les profs craquent, même s’ils ne sont pas positifs ! On annonce une grève. Pagaille pour soigner la pagaille !

Véro : De plus, il y a l’état de santé des uns et des autres. Selon son poids, selon ses risques de comorbidités, tu te retrouves prioritaires ou pas pour faire la queue ici ou là devant les pharmacies, pour faire des tests, pour acheter des masques… Toi, ton statut de retraité te dispense de ces queues ! Il y a des bouleversements dans l’organisation du travail, le télétravail…

Remi : Oui… En ce qui me concerne, je dois plutôt profiter d’une bonne condition physique ! Je te dirai que je crois avoir eu la covid en février 2011, mais je n’ai pas vu de médecin. Notre coin est mal desservi sur le plan sanitaire, on me le faisait récemment remarquer pour m’inviter à m’installer en ville ! J’étais seul chez moi. Je suis resté couché quatre jours, puis la santé est revenue. J’ai fait mon jardin. J’ai écrit mes livres. Je me suis fait vacciner pour continuer à pouvoir avoir une vie sociale. J’ai mes trois doses ! Mais je ne me suis jamais fait tester.

Véro : Donc, tu n’encombres pas les queues ! Évidemment, beaucoup de personnes de ton âge qui doivent se faire opérer d’un cancer ou d’une prothèse de hanche voient leurs temporalités chamboulées du fait de l’annexion des urgences par les non vaccinés. Ce sont ces personnes les vraies victimes du refus de l’Etat de rendre la vaccination obligatoire ou de considérer les personnes atteintes de la covid comme prioritaires par rapport aux autres !

Remi : Non, je ne fais pas les queues ! Je les fuis ! C’est dans les pharmacies surchargées que se transmet la covid ! On vit transe sur transe. Il y a des peurs rationnelles et d’autres totalement irrationnelles ! Dans mon proche environnement, dans ma rue, j’ai connu une femme qui pensait qu’elle pouvait être possédée par des esprits, envoutée, victimes de sorts lancés par des voisines… Elle avait un rapport magique aux forces de la nature, un rapport magique au monde… Antoinette est morte aujourd’hui, mais…

Véro : Tu crois qu’il y a des vieux qui ne croient pas aux vaccins, qui sont rentrés dans un rapport complotiste à la situation.

Remi : C’est certain. Des jeunes aussi ! Cela me semble invraisemblable ! Hier, j’ai rencontré un homme de 80 ans, malade cardiaque, qui s’est fait vacciner contre son gré. Il pense que tout ce qu’on lit dans les journaux est un mensonge. Il ne croit pas que les services hospitaliers de réanimation soient occupés par des non vaccinés… Je lui dis : « J’ai lu dans L’Union qu’à Reims toutes les places de réanimation sont occupées par des non vaccinés. Il me répond : « Rappelle-toi en 1968, on disait « L’Union torchon ! ». Les journalistes ne racontent que des mensonges ». J’ai eu beau lui dire que je connaissais des journalistes, qu’ils n’écrivent plus un papier sans visiter l’hôpital. Mon ami était persuadé que tous ces chiffres qu’on nous déverse sont faux, qu’ils sont trafiqués pour nous intoxiquer ! Moi, je crois au discours des scientifiques. Je lis plusieurs quotidiens chaque jour. Je regarde les échanges scientifiques à la TV. Je pense que l’on peut disposer des chiffres et qu’il faut seulement apprendre à les analyser ».

Véro : Ton voisin doute fondamentalement de la science !

Remi : Oui ! Mais il n’est pas le seul. Cette semaine, j’écrivais dans une salle d’attente à Reims. Une jeune femme que je connais bien (nous militons dans une même association) me demande comment ça va. Je lui dis que je suis heureux, car je viens d’obtenir ma dose de rappel, que je respecte les règles barrière… Je lui explique que je me sens en sécurité et de fil en aiguille, je lui dis : « Je ne comprends pas ces gens qui refusent d’être vaccinés. Politiquement, c’est important d’être solidaires, bla, bla, bla. ». Elle me laisse parler et au moment où je cherche à reprendre mon souffle derrière le masque FFmachin, elle me dit : « Moi, je ne suis pas vaccinée ! ». Gros silence !

Véro : Et alors ?

Remi : Cette amie pratique un métier qui la met quotidiennement en relation avec de nombreuses personnes !

Véro : Tu as pris conscience du fossé théorique et pratique qu’il y a entre vous…

Remi : Je me suis appliqué durant les vacances de Noël à dédramatiser cette question du vaccin pour ma petite fille de 10 ans, mais des femmes de 50 ans, politiquement engagées, responsables de groupes !!!… »…

Véro : On est entré dans une période nouvelle qu’il va nous falloir apprendre à découvrir si l’on veut sauver la planète !

Remi : On croyait avoir abandonné la pensée magique, la pensée religieuse pour entrer dans une période scientifique… C’est le chemin que j’ai fait au cours de mon adolescence ! Mais je dois constater qu’aujourd’hui, il y a une nouvelle cohabitation de ces pensées archaïques avec un rapport sérieux au réel.

Véro : Se pose donc à nous pratiquement un problème de méthodologie. Comment vois-tu l’évolution de notre séminaire ?

Remi : Je te propose d’inscrire la méthodologie comme point de l’ordre du jour de la séance de demain !


3) QUESTIONS MÉTHODOLOGIQUES. SUR LE LOCAL ET LE GLOBAL, POUR PENSER L’ÉCOLOGIE POLITIQUE

Troisième séance, Université de Sainte-Gemme, le 9 janvier 2022, 15h30,

Véro : Dans le cadre de notre nouveau séminaire, aujourd’hui, nous sommes décidés à nous poser quelques questions sur la méthodologie que nous allons nous donner pour penser, là où nous sommes, la « nouvelle classe écologique », dont parlent Bruno Latour dans un Mémo (qui vient de paraître), classe à laquelle nous avons conscience d’appartenir. Sur notre rapport au travail de penser ensemble, comment vois-tu les choses ?

Remi : D’abord, pour nos lecteurs, il me semble important de nous situer.

Véro : Sur le plan familial, tu es mon oncle ! Dans le sud (où j’ai fait des études d’océanographie), est établie Odile, ma mère, ta sœur. J’aime bien y retourner. En 2000, je me suis rapprochée de toi, à Paris d’abord, puis maintenant à Sainte Gemme. J’ai été ta collaboratrice un moment.

Remi : Aujourd’hui, nous sommes établis tous les deux dans un village de 140 habitants sans commerce, situé à 7 kms de Dormans, une ville de 2000 habitants, à 35 kms de Reims ou 30 d’Épernay. Nous rénovons nos maisons dans la même rue. Nous cultivons un jardin. Toi depuis cinq ans ; moi depuis 31 ans. Voilà pour nous situer.

Véro : En même temps, si tu as fait une partie de ta carrière professionnelle en Champagne Ardennes, l’autre partie, plus longue, se déroulée dans la région parisienne et moi, je travaille à Paris.

Remi : En tant que rémois de souche, c’est à Reims que je choisis de vivre sur le plan culturel et associatif. J’y fais partie de plusieurs associations de tango, d’une association écologique : Reims Vert Avenir, en principe réservée aux Rémois. Avec plusieurs de ses membres, je travaille à la création d’une université populaire écologique. Sur le plan politique, à Reims, nous adhérons tous les deux à Europe Écologie les Verts. Pour ce parti, nous nous sommes présentés dans notre canton de Dormans aux élections départementales.

Véro : Oui. C’est à Dormans que nous animons tous les deux un cours de tango à la MJC. Nous dansons le tango depuis plusieurs décades. C’est une appartenance partagée avec plusieurs membres de notre famille élargie. Ta fille Charlotte, ma cousine, anime Mordida de tango à Paris depuis 21 ans, où nous prenons encore des cours assez régulièrement. On y rencontre aussi de grands maîtres argentins.

Remi : Au niveau de notre village, nous avons créé ensemble, mais avec d’autres, l’Université de Sainte Gemme dont tu fus l’une des principales animatrices sur le plan éditorial. C’est ensemble que nous avons créé en 2005 les Presses universitaires de Sainte Gemme, qui ont déjà publié cent vingt titres, dont certains furent traduits à l’étranger !

Véro : Oui ! J’ai vu que ton amie italienne Sara Manzoli porte, ce matin, un jugement sur l’édition italienne de ton Penser l’institution avec Georges Lapassade. L’édition française était sortie dans notre petite maison d’édition. Elle dit : « Un livre exceptionnel ». En français, il est épuisé. On pourrait peut-être le rééditer ?… Peux-tu en faire rapidement le résumé pour nos lecteurs qui ne le connaissent pas ?

Remi : C’est un ouvrage écrit sous forme de dialogue, comme le texte que nous élaborons maintenant. Il est écrit comme un séminaire qui a lieu à Sainte Gemme avec de nombreux participants. Pour l’occasion, nous y avons mobilisés des habitants du village, mais aussi de grands personnages dont certains sont morts comme J.-P. Sartre, mais qui acceptent de descendre de l’Olympe, pour discuter de ce que c’est qu’une institution autour de Georges Lapassade (1924-2008), notre maître et ami, qui fut l’inventeur de l’analyse institutionnelle.

Véro : Toutes les interventions des participants sont tirées d’articles ou de livres qu’ils ont écrits. Cette forme d’échanges imaginaires fut très bien accueillie par les étudiants de Paris 8 qui étaient les destinataires de ce texte.

Remi : Paru en français en 2012, c’est le premier livre écrit sous cette forme. En 2021, Pratiquer le journal de recherche (Lyon, Chronique sociale), ouvrage que je signe avec Augustin Mutuale et Bertrand Crépeau a repris cette forme.

Véro : C’est aussi sous cette forme de dialogues que tu publies sur Facebook. Tu as déjà écrit Se raconter (2019), puis Milonga (2021)… de cette manière. Le dialogue est un art d’exposer très pédagogique. Tu as toujours été un pédagogue.

Remi : Oui. Cette forme est donc celle que nous choisissons pour penser notre problématique des semaines à venir.

Véro : Nous intitulons notre chapitre de ce jour : « Local et global ». Peut-on expliquer pourquoi ?

Remi : Oui. En nous situant, nous avons montrés que nous sommes établis à Sainte Gemme, mais que nous n’y sommes pas des « chroniques ». Nous avons des ancrages à Paris, mais d’autres ailleurs : toi chez ta mère et ta sœur à Martigues ; moi à Reims dans le tissu associatif. Mon fils Romain qui participe de Sainte Gemme est établi à Metz, mais vient aussi, assez fréquemment, danser chez Charlotte à Paris, parfois à Reims… Nous sommes dans du local, mais traversés par des mobilités. Notre groupe Vert de Sainte Gemme regroupe une dizaine de personnes, vivants toutes entre plusieurs lieux, entre plusieurs systèmes institutionnels… Plusieurs de mes camarades rémois voudraient me voir avoir une chambre à Reims pour y dormir, lorsqu’il neige en Champagne… Cela signifie que l’on doit penser une nouvelle forme de domesticité. On repense la question des communautés, mais aussi les mobilités. Toutes ces questions participent de l’écologie politique.

Véro : Hier, Adrien Delbart, un de nos commentateurs, te reprochait de trop parler de la covid et pas assez d’écologie politique… Il conviendrait de définir ce que nous entendons par « écologie politique ». Ma formation scientifique, mes intérêts de connaissance dans les sciences dures me feront probablement cerner le sujet quelque peu différemment de toi qui es sociologue, anthropologue, historien, philosophe, psychosociologue…

Remi : Une lectrice de nos deux premiers échanges réagit par courrier en expliquant ce qu’est pour elle la lutte pour le climat qui prend dans son quartier urbain la forme du tri sélectif. « Peu de personnes autour de moi ont vraiment conscience de l’enjeu », m’écrit-elle.

Véro : Un travail de définition serait important à conduire. Cela se fera au fil de nos échanges.

Remi : Pour moi, les différentes lectures que je fais sur le sujet m’éclairent sur ce que je vois et que les autres ne voient pas encore de manière claire. Ainsi, j’ai toujours pensé que l’analyse institutionnelle est au cœur de l’écologie politique. Comment fonctionnons-nous dans nos institutions ? Cette question participe d’une écologie politique. La nouvelle classe écologique, pour devenir consciente d’elle-même, devra réfléchir aux relations que nous instituons avec nous-même, mais aussi dans l’interindividuel (relations femmes/hommes ; adultes enfants, par exemple), dans les groupes, dans les organisations ou les institutions… Les premiers travaux de Bruno Latour relevaient d’une analyse institutionnelle du milieu scientifique. Il a travaillé avec Michel Authier, co-auteur du « Que sais-je ? » sur L’analyse institutionnelle.

Véro : Cette analyse transversale est une condition pour refonder la démocratie. Penses-tu que la forme démocratique sera constitutive de la classe écologique ?

Remi : Ce devrait être un fil rouge de nos questionnements.

Véro : Nos lecteurs pourront mieux nous situer ce soir, mais il nous reste à prolonger notre exploration de ce que nous voulons travailler et la manière dont nous allons nous y prendre !

Remi : Pour illustrer nos propos, je propose de puiser dans les photos prises de nos jardins[1].

Véro : Tout à fait d’accord !

4) ENQUÊTE POUR CONNAÎTRE CELLES ET CEUX QUI PENSENT ET AGISSENT L’ÉCOLOGIE POLITIQUE

Quatrième séance, Sainte-Gemme, le 10 janvier 2022, 10h,

Véro : Ce matin, nous poursuivons nos échanges concernant la manière dont nous allons travailler autour de ce thème de la constitution de la nouvelle classe écologique. Déjà, le fait d’avoir ces échanges participe de cet effort de description de ce que Georges Lapassade a nommé l’instituant ordinaire, c’est-à-dire les accomplissements pratiques opérés par les acteurs du quotidien pour réformer la société par de petits actes qui, en se répétant, finissent par changer la société.

Remi : Oui. Je suis d’accord. Et de ce point de vue, le contexte de la campagne électorale, parmi d’autres choses, peut être une manière d’entrer en contact avec ces acteurs du quotidien. Cette exploration des pratiques me semble un bon biais. C’est une approche de ce que l’on nommait hier le « local ».

Véro : En même temps, il y a aussi le global. Et, sur ce point, nous n’avons pas dit grand-chose hier.

Remi : C’est vrai. Actuellement, je passe beaucoup de temps à suivre les discours qui se tiennent dans les médias, tant sur la vaccination que sur les interventions des candidats aux élections présidentiels. Ainsi, hier, j’ai passé deux heures le matin à lire L’Union, Le Monde, Libération, mais aussi Vendredi hebdo, un hebdomadaire local. A peine avais-je terminé cette lecture que j’entendais au même moment sur une chaine d’infos le ministre Attal répondre à des questions des journalistes sur l’action gouvernementale contre la pandémie, Jean-Luc Mélenchon parler sur une autre chaine de TV concurrente et Yannick Jadot parler sur France-Inter…

Véro : Ce n’est pas un peu trop ? Comment fais-tu pour passer d’un média à un autre ? Qu’est-ce que tu tires de ce zapping pour notre enquête ?

Remi : Dans Le Monde et Libé, je trouve des analyses d’intellectuels ou d’experts sur différentes questions. Par exemple, concernant cette hypothèse de la nouvelle lutte des classes, les thèses de Bruno Latour qui nous intéressent sont critiquées par différents auteurs, notamment issus des courants marxistes. J’ai une bonne culture de Marx, Engels, Lénine. H. Lefebvre m’a intéressé à ce corpus pensant la lutte des classes au XIX° siècle… Henri dégageait la méthode de Marx pour l’appliquer à des objets nouveaux, ceux du XX° siècle, qui étaient présents antérieurement, mais pas forcément dégagés théoriquement. La ville et l’urbanisation, par exemple…

Véro : Mais aussi la critique de la vie quotidienne.

Remi : Oui. Et je me demande si, chez Bruno Latour, il n’y pas la même logique d’appropriation/ dépassement de la pensée marxiste, ce qui ne semble pas perçu par beaucoup de ses critiques qui peuvent restés prisonniers de la doxa.

Véro : Chez Marx, il y a une réflexion sur le mode de production. Chez B. Latour, il y a l’hypothèse d’un renversement de la logique productive qui sous-tendait toute la logique du Capital.

Remi : Oui. Tu vois, lorsque nous réfléchissons à ce niveau, nous sommes dans le global. A la TV, je suis encore la manière dont s’affrontent les discours de droite entre eux (Le Pen, Zemmour, Pécresse), les commentaires qui accompagnent, dans leur concurrence, les efforts des différents représentants des Partis dits progressistes pour opérer une autodissolution de la gauche…

Véro : Ce que dit Bruno Latour sur le « sol » identitaire réactionnaire de la droite s’illustre actuellement dans les médias. Tout doucement, on prend conscience qu’il n’y a aucun horizon dans ces différents groupes ; que leur seul horizon, c’est le passé, la tradition. Ils sont profondément réactionnaires.

Remi : Et du côté de la gauche, c’est le vide. On ne comprend rien des positions de Taubira, Mélenchon, Hidalgo, Roussel et les autres qui font 2%.

Véro : Pour nous, Jadot est plus intéressant ?

Remi : Pour notre problématique, évidemment. C’est lui qui relaie l’émergence dans la jeunesse de l’aspiration à un changement de paradigme. Ses pourcentages d’intentions de vote ne sont pas forts, mais ses positions sont plus entendues parmi les jeunes qui ne votent pas, qui n’ont pas encore pris conscience de l’importance de s’impliquer sur le plan électoral.

Véro : Pas Mélenchon ?

Remi : Pas trop. Il y a chez Mélenchon un discours sur la crise climatique, mais son courant est trop marqué par le vieux monde, celui du dogmatisme. C’est du moins ainsi qu’il est perçu par les personnes que je rencontre sur le terrain. Je sais que c’est en partie faux. Notre expérience de travail commun au moment des départementales nous a mis en contacts avec des camarades fort sympathiques de LFI, fort impliqués dans la production d’idées nouvelles, avec lesquels nous nous sommes éclatés dans le Printemps marnais.

Véro : Mais déjà là, il y avait une absurdité à être ensemble pour les départementales et à être en concurrence pour les régionales. Cette posture de division suscitée par le narcissisme de la petite différence des partis dits de gauche participe du travail d’autodissolution de la gauche.

Remi : Par rapport à notre projet, je vais enquêter. Je vais essayer de faire du terrain. Ces derniers temps, j’ai participé à des réunions de Reims Vert Avenir. Je participe aux réunions qui pensent la création d’une université populaire écologique. Gilles Lenice qui en est l’un des principaux promoteurs compte sur moi pour faire émerger une méthodologie. Te restituer ce que j’entends dans ces réunions me semblerait intéressant.

Véro : Tu y rencontres des personnes qui ont des biographies riches.

Remi : Oui. Il faudrait les écouter, les construire, les rédiger. Par exemple, la semaine passée, ma rencontre avec Michel Dehu a été décisive. Michel, né en 1950, a été responsable de la MJC Croix Rouge à Reims, fut président national des MJC, est aujourd’hui président de la ligue de l’enseignement à Reims : il est très engagé dans des formes de lutte contre le réchauffement climatique. C’est un érudit à la fois sur l’histoire locale et sur les questions climatiques…

Véro : Tu devrais faire son histoire de vie.

Remi : Oui. Mais il faudra élargir notre équipe d’enquêteurs. Il faudrait recruter des écrivains locaux pour faire de telles biographies. Il y Claire, qui vient de devenir mon amie sur Fb. J’ai eu entre les mains sa propre biographie. C’est une grande lectrice et une écrivaine talentueuse. Il faudrait que je l’associe à écrire la biographie d’autres acteurs locaux de progrès.

Véro : Mercredi à Reims, j’ai vu que c’était la création du comité de soutien à Yannick Jadot. J’espère que tu vas y aller ! Moi, je serai au boulot à Paris !

Remi : Oui. Arrivent à la gare à 17 h deux personnalités écologistes. Sur le parvis de la gare côté Place d’Erlon, il y aura distribution de tracts et rencontre du public. A 18 h 30, il y aura une réunion au restaurant les 3 brasseurs à Reims pour une présentation des référents locaux, pour un temps d’échange avec Marine Tondelier et Sophie Taillé-Polian sur l’actualité de la campagne, pour une présentation des objectifs et des actions de mobilisation (distribution de tracts sur les marchés, collage d’affiches, porte à porte, événements…).

Véro : Tu en seras. Tu me raconteras. C’est maintenant que la campagne des écologistes démarre et il faut suivre l’écho qu’elle aura auprès des Rémois. Certains ont des convictions, ils ont peut-être envie de les partager. Si l’écologie politique doit prendre le pouvoir, rencontrer les personnes qui y croient est l’unique voie pour comprendre comment va s’opérer l’accélération du rythme de la transition climatique et la constitution de la nouvelle classe écologiste. Les organisateurs proposent aux militants écologistes d’inviter leurs amis à ces réunions. J’ai envie de savoir si cette invitation reçoit un bon accueil… Tu connais déjà Marine Tondelier.

Remi : Oui. J’ai fait sa connaissance à Reims, lors du passage d’Éric Piole, lors de notre campagne pour les Régionale avec Éliane Romani. Elle était la directrice de campagne d’Éric. C’est une élue d’opposition dans la mairie d’Hénin-Beaumont, tenue par le Rassemblement national. Je l’ai entendue aux Journées d’été des Verts l’an passée. Elle a un dynamisme extraordinaire et une vraie présence !

Véro : Il te faudra nous restituer ce moment instituant… Excuse-moi. Je dois partir au boulot. On se reverra demain. J’ai quelques nouvelles propositions à faire sur le plan méthodologique.

Remi : A demain !

5) DISSOCIATIONS DE L’ENQUÊTEUR

Cinquième séance, Sainte-Gemme, le 12 janvier 2022, 11h,

Véro : J’ai une bonne nouvelle à te faire partager. Bertrand Crépeau nous souhaite une bonne année. Il trouve que nous la commençons bien ! Il anime le site Terragraphe et il nous propose de relayer les échanges de notre séminaire sur son site, car beaucoup des personnes qui suivent ce site ne sont pas sur Facebook.

Remi : Oui. J’ai vu ça. J’ai accepté ce partage. J’ai déjà dit que Bertrand est depuis longtemps un lecteur attentif de Bruno Latour, dont il commente les œuvres, notamment dans son dernier ouvrage dont j’ai rendu compte sur cette page. J’y reviendrai. J’espère qu’il participera un jour à notre séminaire pour commenter nos échanges.

Véro : A part cela, j’ai eu la surprise de rencontrer un ami qui s’est plié au questionnaire « Elize » et qui a découvert le candidat aux présidentielles qui représentait davantage ses idées.

Remi : De quoi s’agit-il ?

Véro : Ce site a décomposé tous les programmes des candidats et propose à ses lecteurs de répondre à 350 questions. Cela te permet de savoir exactement le niveau de proximité que tu as avec les différents candidats…

Remi : Et ton ami, quel a été le résultat de ses tests.

Véro : Il ne se rendait pas compte qu’il était à 92% en accord avec les propositions de Yannick Jadot, à 85 % en accord avec le programme de Mélenchon, 70% avec celui d’Hidalgo ou de Roussel, etc.

Remi : On n’arrête pas le progrès. Ce que l’on peut dire, c’est que ton ami se situe à gauche. Aucun candidat de droite n’apparait dans ses résultats avant le dernier candidat de gauche ?

Véro : Non ! Ce que je trouve intéressant dans les résultats de mon ami, c’est que l’on voit qu’il se trouve, d’une certaine manière, en accord sur beaucoup de points avec plusieurs candidats. Cela recoupe une autre enquête publiée qui montre que beaucoup de citoyens se retrouvent au carrefour de programmes de deux, trois ou quatre candidats, ce qui rend indéterminé, en définitive, leur choix final puisqu’il n’y a qu’un bulletin à déposer dans l’urne !

Remi : C’est ce qui fait pleurer 90% des gens de gauche. Ils ne comprennent pas l’éclatement des candidatures. Mais la désertion plus générale des électeurs de gauche s’explique aussi, selon Mostafa (voir son commentaire à notre séminaire d’hier), par la distance énorme qu’il y a entre la plupart des candidats et des partis, par rapport à la vie des gens… Il y a un fossé entre les citoyens et celles et ceux qui prétendent les représenter. Aux départementales, j’avais pu rencontrer des électeurs potentiels qui m’avaient formulé cette remarque. Un ancien militant de l’Unef, un « camarade » de l’époque où j’étais étudiant, rencontré dans les rues de Reims, m’avait ainsi nettement justifié son choix de l’abstention.

Véro : Ce sera l’enjeu de la campagne : intéresser les amis engagés dans des pratiques s’inscrivant dans notre horizon de construction d’une nouvelle classe écologique, de se manifester, par un vote. Mais ce n’est pas acquis d’avance !

Remi : Ce tiraillement qui traverse les citoyens de gauche traverse aussi notre groupe de Sainte Gemme. J’ai entendu un camarade engagé dans des luttes pour la défense de nos conditions de vie (une lutte contre une ferme de 40 000 poulets) dire qu’au deuxième tour, il ne voterait pas E. Macron, quitte à voter pour Valérie, si elle arrive au second tour… Une autre s’abstiendra en cas de duel Macron/Le Pen.

Véro : Dans Libération d’avant-hier, un article sur une grève de la faim de militants de gauche pour appeler à une participation des candidats officiels de gauche à la primaire populaire…

Remi : Oui. Parmi les grévistes, il y a Pierre Larrouturou qui a des idées qui l’instituent comme un membre de notre nouvelle classe écologistes. J’ai été vraiment enthousiaste de l’article « Un nouveau contrat social pour éviter le chaos », qu’il a publié dans Le Monde du mardi 4 janvier (p. 26).

Véro : Que dit-il ?

Remi : Pierre Larrouturou est député européen de La nouvelle donne. Il propose un pacte climat-pouvoir de vivre, un bouclier social, une semaine des quatre jours. Selon lui, notre pays n’a jamais été aussi riche humainement et économiquement. Nous avons tout pour vivre heureux. Au nom de quoi devrions-nous renoncer à notre droit au bonheur ? se demande-t-il. « Il y a quelques chose d’obscène à dire qu’il n’y a pas d’argent pour le climat et pour les hôpitaux, alors que les marchés financiers caracolent à des niveaux jamais vus »…

Véro : Je trouve que tu passes trop de temps à t’intéresser aux différents candidats actuels aux présidentielles. Tu oublies que deux-tiers des gens qui sont dans la course n’auront pas leurs signatures et qu’ils sont, pour beaucoup, « candidats » surtout pour vendre leurs livres ou pour faire parler d’eux !

Remi : Tu as probablement raison.

Véro : J’ai compris que tu vas cet après-midi participer à la réunion de lancement de la campagne de Yannick Jadot à Reims. As-tu vu que vendredi à 19 h, il y a une réunion du groupe Verts de la Marne pour tirer les leçons de la campagne des départementales et étudier la question des législatives. Il faudrait que nous y soyons, dans ta logique de rencontrer des gens qui puissent constituer la nouvelle classe écologique.

Remi : Oui. Et cette réunion est programmée à l’heure de notre cours de tango à Dormans ! Comment allons-nous nous dissocier ? Être ici et là en même temps ?

Véro : Cela risque d’être notre problème si tu veux mener à bien ton enquête tous azimuts !

Remi : C’est une question de logistique. Peut-être allons-nous devoir déléguer notre responsabilité du cours de tango ? Ne sommes-nous pas des partisans de l’autogestion pédagogique ?

6) OBSERVATION PARTICIPANTE DE LA CAMPAGNE DE YANNICK JADOT

Sixième séance, Université de Sainte Gemme, vendredi 14 janvier 2022, 13 h.

Véro : Tu nous avais promis de nous raconter ta journée de mercredi à Reims où tu as fait une séance d’observation participante, bien remplie, dans le cadre de notre enquête sur l’émergence d’une nouvelle classe écologique.

Remi : C’est vrai, mais j’ai dû aller hier faire un tour à Paris pour participer au vernissage d’une exposition du peintre Yves Popet, mon ami d’enfance… Hier, je n’ai pas eu le temps d’écrire ! Pour te faire patienter, j’avais mis une photo de la réunion de lancement de la campagne de Yannick Jadot… Un article sur cette réunion est paru dans L’Union de ce matin.

Véro : Oui, mais tu as remarqué que Wilfried a vu que tu n’étais pas sur la photo.

Remi : C’est vrai ! Je me suis éclipsé avant la fin de la réunion.

Véro : Ce n’était pas intéressant ?

Remi : Si. Passionnant, je vais te raconter, mais j’avais mon cours de tango à 20 h. Je ne voulais pas y arriver trop en retard ! Léo, aussi, la semaine précédente, a séché une réunion de RVA, pour un cours de capoeira ou autre chose de physique ! Les écologistes se développent dans toutes leurs dimensions !

Véro : C’est vrai. Je suis bien placée pour le savoir.

Remi : Effectivement, c’est toi qui donneras le cours de tango pour la MJC de Dormans de ce soir, puisque moi je serai de nouveau à Reims pour une réunion des Verts, pour tirer le bilan des départementales et nous projeter sur les législatives !

Véro : Oui… Raconte-moi ce que tu as pu comprendre de la situation.

Remi : J’étais monté à Reims où nous avions rendez-vous à 17 h à la gare pour accueillir Marine et Sophie… Nous étions une douzaine. Marine s’est souvenue de notre rencontre le jour de la venue d’Éric Piole à Reims. Moi, je me souvenais de ses interventions brillantes aux journées d’été des Verts à Poitiers. Nous avons distribué des tracts ensemble. Il faisait très froid. C’est un endroit où les gens sortent de leur train ou entrent dans la gare pour en prendre un autre. Par ce froid, ils marchent vite !

Véro : Quel a été l’accueil de vos tracts ?

Remi : Je l’ai trouvé très bon. Il y a toujours des personnes qui rejettent tout, mais lorsque je disais : « La place de l’écologie aux présidentielles », mes interlocuteurs, pour la plupart, étaient favorables. Ils montraient de l’intérêt pour nos papiers…

Véro : Vous aviez rendez-vous ensuite aux Trois Brasseurs.

Remi : Pour me réchauffer, quand j’ai épuisé mon stock de tracts, j’y suis allé un peu en avance par rapport à l’heure de la réunion. Il y avait déjà pas mal de gens. J’ai rencontré Sylvie. Tu vois qui elle est ?

Véro : Euh ?

Remi : Tu sais, elle est venue à Sainte Gemme, avec les deux Catherine, pour notre séminaire d’été. C’est elle qui a organisé le congrès Freinet de Bétheny en août. C’est une enseignante et nous avons parlé de la grève de jeudi… Les conditions d’exercice du métier d’enseignant sont devenues difficiles. Depuis l’arrivée de Blanquer au Ministère, les médias faisaient croire qu’il était un bon ministre. Mais, moi, je savais par mes ami(e)s ardennais(e)s, que sa gouvernance était catastrophique dès le début. Ses manières ont entrainé des suicides d’enseignants dans les Ardennes, mais aussi des démissions… J’ai rendu compte de ces histoires du Fb dès 2018. C’est Karine qui me restituait ces situations de Fumay ou de la Vallée de la Meuse.

Véro : Comment s’est déroulée la réunion ?

Remi : Il y eut d’abord une conférence de presse, donnée par les deux référents marnais de la campagne de Yannick Jadot : Evelyne Bourgoin et Damien Landini (de Génération.s), mais aussi Marine Tondelier, conseillère régionale des Hauts de France et Sophie Taillé-Polian, sénatrice, du groupe Verts du Sénat, ainsi que notre Léo Tyburce, comme conseiller municipal d’opposition à Reims. Je regardais cette réunion avec les journalistes de loin. Je n’avais pas compris de quoi il s’agissait. Je pensais à une réunion de préparation de la réunion suivante. A un moment, Léo est venu me chercher pour parler du canton de Dormans et du rapport des ruraux à l’écologie. J’ai parlé de notre groupe de Sainte Gemme, de l’action contre la ferme aux 40 000 poulets à Courthiesy !

Véro : Et la réunion de lancement ? Vous étiez nombreux ?

Remi : J’ai compté 25 personnes, parmi lesquelles des élus. Par exemple, le maire de Fismes ou celui de Fagnières (des villes de 5000 habitants). Ils ont pu expliquer leur rapport à l’écologie, mais aussi les difficultés qu’ils rencontrent actuellement dans leur gestion municipale. Ils ont souligné la pauvreté croissante de nombreux habitants de leurs communes, qui ne parviennent plus à payer le chauffage de leurs habitations.

Véro : Il y a eu des prises de parole ?

Remi : Oui. Marine a pris la parole pour faire le point sur la situation des écologistes de 2022, par rapport à celle de 2017. Nous progressons ! Les choses se présentent plutôt bien pour les écologistes. D’abord parce qu’ils sont réunis. Par rapport à notre enquête sur l’émergence d’une nouvelle classe écologiste, c’est un moment important dans l’histoire de l’écologie en France, même si cette réunion ne se double pas d’une unité de candidature à gauche. Des personnes qui soutenaient Macron ou Mélenchon ont rallié la candidature de Jadot. Le meilleur exemple, c’est justement Éric Piole, le maire de Grenoble, qui soutenait Mélenchon en 2017…

Véro : Et Sophie ? Tu ne la connaissais pas !

Remi : Non. Elle a très bien parlé pour montrer le travail des sénatrices et sénateurs verts au Parlement. Elle a répondu à des questions techniques sur différents textes actuellement en discussion…

Véro : Et toi, tu as posé des questions ?

Remi : J’ai demandé à Marine si les conseillers régionaux pouvaient apporter leur parrainage. C’est important pour parvenir aux 500 signatures.

Véro : Et alors ?

Remi : Oui ! Cela m’a fait plaisir, puisque notre groupe écolo de Sainte Gemme avait fait campagne pour Éliane Romani qui a obtenu 17 sièges dans le Grand Est ! Cela montre que notre engagement pour les régionales a servi au moins à quelque chose. Marine Tondelier a expliqué que 500 signatures étaient nécessaires, mais qu’en plus elles devaient émaner de 30 départements différents. Tous les départements du Grand Est compteront des parrainages pour Jadot. C’est une étape incontournable. Il ne suffit pas de se présenter, de proposer un programme, il faut être parrainer. Zemmour a tenu le devant de la scène durant des semaines, mais qui va le parrainer ?

Véro : Les écologistes ont un vrai avantage sur lui.

Remi : Les écologistes, depuis les municipales, ont beaucoup d’élus locaux, un peu partout en France ! En 2017, Mélenchon pouvait être parrainé par les communistes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ! L’Union consacre la une de son numéro d’aujourd’hui à la difficulté de la France insoumise, pour obtenir des parrainages dans les Ardennes et plus généralement dans nos départements de la Marne, de l’Aisne… Difficulté que n’aurait pas Christiane Taubira si elle se présentait, puisqu’elle est soutenue par le Parti radical qui compte de nombreux maires !

Véro : Merci pour la restitution de ces éléments de ton enquête… On se retrouve demain pour la suite !

7) RESTITUTION D’UNE OBSERVATION PARTICIPANTE D’UNE RÉUNION DES VERTS RÉMOIS DANS LA CAMPAGNE DE YANNICK JADOT

Septième séance, Université de Sainte-Gemme, dimanche 16 janvier 2022, 10 h 40.

Préambule : hier soir, samedi, Gilles M. avait invité à dîner chez lui le groupe vert de Sainte Gemme. Notre séminaire s’est donc déplacé du 13 au 8 de notre rue. Des longs échanges eurent lieu entre les six participants concernant notre vie quotidienne de la semaine. Nous avons fonctionné dans une sorte de groupe de base où les parents de jeunes enfants ont pu parler des difficultés à vivre à l’école élémentaire ou au collège. Comment vivent nos enfants ? Comment vivent leurs enseignants ? Quel sens ont-ils mis dans leur grève de jeudi ?

On a fait le tour de nos amis, de leur rapport à la santé. La liste de celles et ceux atteints par la maladie s’allonge, bien que les symptômes ne soient pas dévastateurs. On commente notre lecture des pages des réseaux sociaux que nous lisons. L’un de nous suit un site macroniste. Il est étonné que la grève des enseignants soit vécue par les inscrits de cette liste comme une manifestation de paresse : « Les enseignants ne veulent pas faire leur travail », y lit-on de la part de personnes qui opposent à ces « feignants » les soignants des hôpitaux qui eux, malgré le contexte, montrent leur engagement et leur implication… Nous n’avons pas la même perception du monde ! Jean-Michel Blanquer est vraiment loin de ce que vivent les enseignants, les élèves et les parents d’élèves. Et ce depuis sa prise de fonction en 2017. Il manifeste un mépris constant du vécu scolaire. Il gouverne par ordonnances, par décrets, dégoûtant les jeunes du métier… Ainsi, cause à bâtons rompus notre petit cénacle !

A un moment, quelqu’un propose de passer à autre chose : « Et si l’on parlait de politique écologiste ? ». Rires de l’assemblée ! Commence alors le séminaire.

Véro : Remi, j’ai apprécié, hier, la restitution que tu as faite de la réunion de lancement du comité de soutien rémois à la campagne de Yannick Jadot.

Lucie : Tu n’as pas été la seule !

Véro : Tu conduis cette enquête dans le cadre de notre recherche sur la naissance d’une nouvelle classe écologiste, telle qu’elle est annoncée dans l’ouvrage de Bruno Latour et Nicollaj Schultz, intitulé Mémo sur la nouvelle classe écologique (Les empêcheurs de penser en rond, 2022, 94 p.)…

Remi : J’ai fait deux photos de cette réunion que j’ai oubliées de joindre à notre dialogue d’hier. Je les partagerai demain !

Véro : Tu as participé à une réunion du groupe des Verts rémois où, d’une certaine manière tu nous représentes…

Remi : Oui.

Véro : Qu’en as-tu tiré ?

Remi : D’abord que ceux que je nomme les Verts sont maintenant EELV (Europe écologie les Verts)… Il s’agit d’un parti dont est issu Yannick Jadot. Cependant, soutiennent ce candidat plusieurs autres organisations écologiques qui forment ensemble le « pôle écologique ». Tu dois savoir ces choses, mais pour moi la superposition d’institutions n’est pas simple. Et notre séminaire s’adresse à un public qui ne comprend peut-être pas toutes ces subtilités.

Gilles : Tu as raison d’apporter ces précisions.

Véro : Ces distinctions sont comprises par les personnes qui participaient à la réunion de vendredi ?

Remi : Oui, évidemment. D’ailleurs, le premier point à l’ordre du jour était une sorte d’analyse institutionnelle des rapports difficile d’EELV avec les autres organisations de gauche. Nous avons parlé d’un tract qui a été produit par un groupe d’organisations qui voulaient manifester contre la venue à Reims de Marine Le Pen, demandant de faire sacrer la candidature officielle à la présidentielle de son parti sur les lieux du sacre des rois !

Véro : Les organisations présentes contre ce projet étaient celles du pôle écologique ?

Remi : Oui, certainement, mais pas seulement : il y en avait d’autres et le tract qui est sorti d’une suite de plusieurs réunions ne satisfaisait pas les représentants d’EELV qui ne l’ont pas signé finalement, pas davantage que la CGT, le PS, le PC, etc.

Véro : Pourquoi ?

Remi : Il y avait un paragraphe qui associait Macron à Zemmour et Le Pen, comme représentant de l’extrême droite en France. Le groupe d’hier n’était pas d’accord pour assimiler Macron au néofascisme… Ce qui suscite de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux… Certains néo-simplistes citent les poursuites contre les militants qui sont solidaires pratiquement avec des migrants sans papier… Ils y voient une posture d’extrême droite… De là à assimiler Macron à Hitler ou Mussolini, notre groupe ne suivait pas !

Gilles : Vous étiez nombreux ?

Remi : Nous étions sept en présentiel et deux à distance (Zoom).

Véro : Quel fut la suite de l’ordre du jour ?

Remi : Nous avons tiré le bilan des départementales. Tu te souviens qu’EELV était allié aux autres partis de gauche (LFI, PS, PC)… sous l’étiquette du « Printemps marnais ».

Véro : Oui, on s’en souvient tous !

Gilles : As-tu parlé dans cette réunion ?

Remi : Oui. J’ai dit que dans notre canton de Dormans, nous étions face au président sortant du conseil départemental et face à un candidat du RN. Nous avons fait 684 voix, soit 14, 37% des votants. Julien nous avait promis moins de 5%. Julien qui était là s’est expliqué sur ce chiffre. Mais, globalement, j’ai dit le plaisir que nous avions eu de travailler avec les deux représentants de la France insoumise qui faisaient liste commune avec nous !… Le seul problème était le fait que nous étions en concurrence pour les régionales : nous défendions Éliane Romani et eux Aurélie Filipetti.

Gilles : Je me souviens très bien.

Véro : Au second tour, Éliane a fait 19%, alors qu’elle n’avait fait que 12% au premier tour ! Ce résultat nous a valu des élus.

Remi : Les autres présents à cette réunion de vendredi ont fait le bilan dans leurs cantons. Marc et Julien ont constaté que les réunions de préparation des départementales n’avaient pas été faciles avec le PS… Je ne m’étends pas, mais les tensions des mois, des années passées ne s’oublient pas facilement, notamment à Reims… Dans notre canton, nous n’avons pas eu ces difficultés.

Lucie : Dans les commentaires à notre séminaire, j’ai vu que tes amis de la France insoumise ne te lâchent pas. Ils voudraient que tu quittes Jadot pour Mélenchon…

Remi : Oui. Ils pensent que je suis de gauche et ils affirment (le pensent-ils vraiment ?) que le seul parti de gauche est la France insoumise. Je constitue donc une anomalie sémantique. C’est gentil de leur part de me reconnaître une identité de gauche et d’avoir envie de m’avoir parmi eux !

Lucie : C’est une forme de déclaration d’amour !

Les autres : Ah ! Ah ! Ah !

Remi : On a un peu parlé des relations entre EELV et la FI dans la réunion. Il existe beaucoup d’anciens d’EELV chez Mélenchon, mais l’inverse est vrai aussi, j’ai déjà évoqué Éric Piole…

Gilles : C’est une sorte de reclassement permanent.

Remi : Personnellement, je me sens bien là où je suis. J’ai une culture politique de gauche, et depuis mon engagement à Autogestions en 1970, j’aime travailler l’intersubjectivité avec des camarades affiliés différemment. A Autogestions, nous étions des personnalités anarchistes, marxistes de différentes sensibilités, des personnes aussi différentes que Daniel Guérin, Michel Raptis, Henri Lefebvre, René Lourau, Alain Guillerm, Yvons Bourdet, Jacques Guigou, Georges Lapassade… Nous travaillions ensemble. Ce fut pour moi une sorte d’initiation à la reconnaissance de la richesse de cette diversité.

Gilles : Tu as toujours de bonnes relations avec différentes personnes de gauche, mais tu n’as pas envie de changer de lieu. Tu ne nous lâcheras pas ! En tant qu’écolos, nous sommes une bonne équipe ici !

Remi : Non !

Véro : Au cours de ces cinquante dernières années, avais-tu déjà été « dragué » par d’autres organisations comme tu l’es aujourd’hui par la France insoumise ?

Remi : Dans les années 1970, le PS m’avait approché. J’étais pourtant perçu comme gaucho ! Mais ils voulaient remplacer leur maire souffrant d’alcoolisme et ils rêvaient de faire de moi le maire de Charleville… A l’époque, les Ardennes étaient vraiment de gauche ! C’est une époque où je travaillais dans cette ville et où j’avais des responsabilités associatives importantes…

Véro : Tu n’as pas répondu.

Remi : Je ne me suis jamais senti les compétences d’être maire… En tant qu’intellectuel, à l’époque, déjà, je circulais beaucoup et un maire, d’une certaine manière, doit assurer une présence là où il exerce…

(Suite du séminaire de samedi avec la restitution de la réunion de vendredi dans un prochain post.

8) RESTITUTION D’UNE OBSERVATION PARTICIPANTE D’UNE RÉUNION DES VERTS RÉMOIS DANS LA CAMPAGNE DE YANNICK JADOT

Huitième séance, Université de Sainte-Gemme, lundi 17 janvier 2022, 9 h.

Préambule : ici se poursuit la restitution d’une observation participante de réunions des Verts rémois dans la campagne de Yannick Jadot, où après avoir tiré les leçons des élections départementales et régionales, on se projette sur le proche avenir : élections présidentielles et préparation des élections législatives.

Véro : Tu étais en train de nous raconter la réunion de vendredi dernier à Reims qui rassemblait 9 militants d’EELV et qui visait à tirer les leçons politiques des élections départementales et régionales, avant de se projeter sur le futur proche : les présidentielles et les législatives.

Remi : Oui.

Gilles : Ce que j’aime bien dans ta narration, c’est le fait qu’elle est un prétexte à penser ensemble. Nous sommes de différentes générations. Toi, en même temps que tu restitues des observations de la semaine, tu nous racontes les années 1970… Nous vivons une sorte de socianalyse du politique, en utilisant une méthode qui part du présent, mais remonte dans le passé pour anticiper les possibles d’un advenir à construire.

Remi : Oui. C’est la méthode régressive-progressive. Beaucoup d’entre vous l’utilisent.

Gilles : Tu as évoqué ton rapport aux socialistes ardennais, puis-je te demander si, au cours de ta vie, tu as eu des relations avec d’autres partis de gauche ?

Lucie : Gilles, je me demande si ta question n’installe pas Remi dans une sorte de pas de côté par rapport au projet de restitution de ce qui se vit aujourd’hui ?

Véro : On a le temps. En tant que tanguera, les pas de côté ne me semblent pas hors sujet dans le cadre de ce séminaire, qui se prolongera quelques temps. Je soutiens la question de Gilles…

Lucie : Bon. Alors ?

Remi : Je réfléchis. J’ai eu des relations avec Jean-Luc Mélenchon à l’époque où il était ministre socialiste, chargé de l’enseignement technique et professionnel. Je me souviens de l’agencement de son bureau. A l’époque, Jack Lang était ministre de l’éducation et j’avais des relations avec eux, en tant que responsable de la commission éducation des Verts. Je me suis retrouvé dans le bureau de Jean-Luc, mais en tant que Vert. Lui a évolué ensuite…

Gilles : Et avec les communistes ?

Remi : J’ai rencontré un communiste à 16 ans qui m’a fait lire un traité sur Le Matérialisme historique, édité en URSS. Je n’y ai pas compris grand’chose. A l’époque, je n’étais pas très intellectuel ! J’ai vraiment fait connaissance avec cette tribu communiste au moment de 1968. On ne voyait pas les choses de la même manière ! J’étais alors étudiant en sociologie à Nanterre ! Je devenais institutionnaliste et je commençais à faire de l’observation participante chez les Maos à Reims et Nanterre. J’ai d’ailleurs soutenu ma thèse de sociologie sur Les maoïstes français en 1973.

Gilles : Tu étais loin des communistes !

Remi : En 1969, j’ai été directeur adjoint d’une grosse colonie de vacances (600 enfants) d’une mairie communiste de la banlieue parisienne. Le lieu d’accueil, aux abords du lac de Vouglans, disposait d’une bibliothèque avec les œuvres complètes de Jacques Duclos, Maurice Thorez et des membres du comité central du Parti communiste de l’URSS (Souslov…). J’avais déjà une bonne connaissance de Marx, Engels et durant trois semaines, le soir, je me suis plongé dans la littérature du Parti communiste… Surpris de mon intérêt pour leur littérature, les camarades m’ont d’ailleurs donné un gros paquet de livres que j’ai conservés dans ma bibliothèque. Plus tard, L’Humanité s’est intéressée à mes travaux sur Henri Lefebvre. Arnaud Spire et ses amis ont publié assez souvent des textes sur mes rééditions d’Henri ou sur mes propres ouvrages dans L’Huma. A l’Université, plusieurs collèges communistes ont toujours eu du respect pour mes livres sur Henri.

Lucie : Cette année, tu vas participer à un colloque organisé par la revue communiste La pensée…

Remi : Oui sur Henri Lefebvre. Ce sera un évènement. Ils ont suspendu Henri en 1958, et aujourd’hui, il semble qu’on s’oriente vers sa réhabilitation !

Lucie : Tu es pourtant loin de Fabien Roussel !

Remi : Oui. Cette année j’ai beaucoup écrit contre son idée d’interdire les groupes de parole pour des minorités souffrant d’une discrimination… Déjà en 1968, les communistes étaient contre ces groupes de militantes qui voulaient parler entre elles de leurs problèmes ; elles se sentaient alors écrasées par les mecs !

Véro : Nous avons lu tes textes sur le sujet. Le point de départ était une prise de position de l’UNEF pour exclure les mecs de réunions d’étudiantes discriminées.

Remi : Au Parti, il y a toujours eu à boire et à manger. Sur le plan politique, la tradition de gestion des mairies communistes avait beaucoup de qualités. J’ai pu l’observer à plusieurs moments de ma dérive dans les institutions.

Lucie : Vous ne pensez pas que l’on s’égare un peu ? Revenons à la réunion des Verts.

Plusieurs : D’accord.

Remi : Un sujet que nous avons abordé : la Primaire de la gauche. On savait que Christiane Taubira en serait… Les organisateurs de cette primaire ont inscrit Jadot comme candidat, mais lui-même a refusé d’en être, comme Mélenchon d’ailleurs.

Simon : Que c’est confus !

Lucie : Je me souviens que la question était déjà posée aux journées d’été des écologistes. Les partisans de la primaire faisaient du barouf le jour de l’apéro de Sandrine Rousseau ! Léo nous avait fait rencontrer Éric Piole… Remi, je crois que tu as fait des photos. Il faudrait les ressortir.

Remi : D’accord, je vais retrouver ces photos. Je reviens à la réunion de vendredi. Nous nous sommes demandés s’il fallait aller voter à la Primaire de la gauche…

Véro : Et alors ?

Remi : Non. Nous avons été unanimes. Nous avons déjà voté pour les primaires écolos. C’est ce vote qui nous engage à soutenir Jadot…

Gilles : Vous avez parlé des législatives ?

Remi : Oui. J’y viens. Dans la Marne, il y a cinq circonscriptions. Gilles Lenice en a fait la liste, décrit le découpage et dit quels étaient les sortants. Tous de la droite. On a vu que la droite se divise. Il y en au PR, d’autres à Agir, d’autres se réclament de Macron ou d’Horizons.

Simon : Beaucoup de confusion, là encore !

Remi : Catherine et Gilles, en tant que secrétaires de notre groupe, ont demandé qui, parmi nous, était prêt à se présenter… Nous avons commencé un tour de table. Catherine Le Goff a dit non. Virginie non plus ! Nous, à Dormans, nous sommes dans la troisième circonscription avec un bout de Reims (le quartier Croix rouge).

Gilles : Et alors ?

Remi : Évelyne se propose pour la première circonscription, Léo pour la seconde, Julien pour la troisième. On me demande si je me proposerais comme candidat. Non.

Gilles : Pourquoi ?

Remi : Je suis vieux. Je m’investis pour faire avancer les choses, mais je veux aider des jeunes à « s’autoriser », comme disait Jacques Ardoino. De plus, ce sont les jeunes femmes qui doivent s’engager ! On en manque ! C’est pourquoi j’ai dit que notre Véronique Dupont pourrait être la suppléante de Julien dans la troisième… On parlait alors de la nécessité d’une parité entre hommes et femmes… Julien a même dit que Véro pourrait être la titulaire. Je lui ai opposé que Véro n’a que deux ans de parti… Julien en a dix !

Gilles : Explique-nous. Comment cela fonctionne-t-il ?

Remi : J’ai compris que le groupe départemental fait des propositions au Parti qui, au niveau central, peut préférer un candidat national aux candidats proposés sur le plan local… Mais, me dit Marc, cela ne risque pas d’arriver puisque nos circonscriptions ne sont pas gagnables ! Les candidatures proposées au niveau local doivent être votées, circonscription par circonscription, par les adhérents du Parti domiciliés dans la circonscription. Gilles Lenice doit faire la cartographie des adhérents.

Véro : Cela signifie que nous aurons à voter pour Véro et Julien… Mais peut-être aurons-nous d’autres candidats ?

Gilles : Et dans les autres circonscriptions ?

Remi : Dans la quatrième, ce serait Benoît, mais sous réserve, car on ne le voit plus. Et quelqu’un s’est demandé s’il ne se rapprochait pas d’une autre organisation. Dans la cinquième, ce serait Thierry.

Gilles : Donc, si je comprends bien, il y a quatre hommes et deux femmes prêts à se lancer.

Véro, tu es d’accord pour te lancer ? Remi n’a pas agi dans ton dos, n’est-ce pas ?

Véro : Non. J’ai fait la campagne des départementales et des régionales. Nous nous en sommes bien sortis. J’ai conscience de la nécessité, en tant que femme, de devoir participer dans un contexte de lutte écologiste contre le réchauffement climatique où les hommes sont nombreux et où les filles hésitent à se lancer… Notre groupe autour de Dormans existe. Je puis le représenter dans ce moment décisif pour faire avancer nos idées écolos dans le département. Remi parle de la femme totale. Je ne le suis pas, mais c’est collectivement qu’on le deviendra !

Lucie : Sandrine Rousseau ne désavouerait pas ce discours !

Remi : On nous a aussi distribué un petit ouvrage : Les écologistes 2022, VIVANT, Liberté, égalité, fraternité, biodiversité, projet pour une république écologique. C’est paru aux Petits Matins (188 pages, 10 rue de Chantilly, 75009 Paris, au prix de 3 euros).

Véro : Remi, je propose que tu le lises et que tu fasses ensuite circuler l’ouvrage. Pour ma part, je me suis lancé dans la lecture du Mémo.

Remi : Je voudrais aussi que nous discutions collectivement les textes écrits produits à Reims par Gérard et Julien concernant la situation de la gauche.

Le groupe : D’accord !

Gilles : Mettons cet objet à l’ordre du jour de notre séminaire. Remi, envoie-nous ces textes ! As-tu oublié de nous restituer quelque chose d’important ?

Remi : Je me souviens que Marine Tondelier a dit aux 25 personnes que nous étions à la réunion rémoise de lancement du comité de soutien à Jadot qu’il serait bien que chacun d’entre nous réussisse à associer deux personnes à notre groupe ! Je trouve que cette idée prolonge l’initiative que Léo et Julien avaient eu en octobre 2020 pour nous associer au groupe de Reims. Pour ma part, je cherche deux personnes impliquées dans l’écologie, et si possible des femmes, pour trouver leur place parmi nous. Faites de même !


[1] Pour voir les photos, se connecter à la page Facebook de Remi Hess


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