Fermettier : (déc.2020)

Temps de lecture : 4 minutes

Pas fermier pour un sou, mais propriétaire d’une fermette. Cahin-caha, une occupation au long cours. Si je compte à la louche, près de vingt ans que je voyage, clopin-clopant, dans près de cinq hectares. Pas une occupation « ferme » : un moment presque flasque. L’envie, pourtant, de loucher sur ce que je n’ai pas encore eu l’ aplomb de nommer ainsi : un métier de fermetterie, un faire de fermettier.

Lundi 14 décembre 2020 : cet après-midi, transport de fumier dans le tunnel : quatre brouettes, puis quatre sacs à gravats. Pas vraiment le bon jour. Le sol était glissant. En me voyant trainer un sac, Anne m’a dit que j’avais des allures d’un pauvre Jésus portant sa croix. J’ai appris une chose, aujourd’hui, à propos de mon métier de « fermettier » : ne pas mettre plus de dix pelletées de fumier dans un sac à gravats pour ne pas ressembler à un charpentier.

Crottins d’âne
Quatre brouettées
Pas plus de dix pelletées

Mardi 15 décembre 2020 : en attendant le livreur de bâches, ai retiré les petites herbes poussant dans le gravier devant la maison. Fait terrasse + autour de la pompe. Une heure accroupi. Un peu froid.

Le livreur est venu l’après-midi (il m’a dit « le matin, je livre généralement le magasin Super U »). Il n’a pas essayé de monter le chemin avec son camion.

Ai poursuivi l’apport de fumier. Quatre sacs et quatre brouettes. Moins lourd qu’hier, mais exténuant. Pas la peine d’aller marcher dans le désert pour avoir envie d’eau fraiche. Plaisir de voir monter la brume m’annonçant la fin de journée. Un peu avant 17 heures, séances « photo », « foin », puis « poireaux » (quatre petits pour le diner).


Jeudi 17 décembre 2020 : les jours vont encore diminuer pendant trois jours et depuis trois jours, la lune croît. Sorties tardives, hier et aujourd’hui. À l’instant, petite réparation de la clôture et réouverture du pré « verger » pour les ânes. Hier, quatre brouettes de terreau pour le potager d’Anne, deux sacs de 25 kilos de blé transvasés pour les poules. Essoufflements identiques à l’avant-veille où j’ai porté pendant quelques mètres deux rouleaux de bâche de 13 kilos chacun.

Le travail de fermettier me procure rarement une « bonne » fatigue. Je parlerais plutôt d’une fatigue discontinue, informe et même informelle. Comment décrire un effort produit lors d’un portage de rouleau de bâche par exemple ? Quels muscles sont sollicités ? Quelle est la catégorie sportive concernée ? Quelles sont les règles en vigueur ? (Existe-t-il une fédération olympique des porteurs de rouleaux de bâche ?) J’ai essayé d’en prendre un sous chaque bras, mais j’ai renoncé après une vingtaine de pas parcourus dans le chemin. Je me suis demandé si ce renoncement pouvait être disqualificatif lors d’une compétition. Peut être pas. J’ai promptement récupéré le rouleau abandonné sous les yeux admiratifs de mes ânes.


Samedi 19 décembre 2020 : J’ai retiré trois fils de fer qui rejoignaient deux noyers depuis cette époque où j’avais construit une tente pour le foin. C’était précisément le mercredi 13 novembre 2013. Il était temps. En sept ans, les troncs des noyers ont quasiment encerclé les fils qui, ce jour-là, les encerclaient assez lâchement. Heureux d’avoir réussi à tout retirer. Cela a occasionné quelques blessures ; les ai soignées avec du mastic.

Les échalotes plantées il y a deux mois et un jour (le 18 octobre) sont bien sorties, mais pas en rangs très droits. Je me demande pourquoi.


Lundi 21 décembre 2020 : (solstice à 11h02). 19 h : Pluie fine. Cet après-midi, ramonage des tubes de la cheminée. Quantité de suie un peu plus importante qu’au printemps : peu, tout de même (l’équivalent de deux poignées de sable). Travail plutôt salissant : le port du masque anticovid s’est avéré appréciable. Ai nettoyé le salon à l’aspirateur, puis l’aspirateur dans le salon. Il me reste à faire de même me concernant.


Mercredi 23 décembre 2020, 19 h : hier, remplacement du poteau soutenant la boite aux lettres. L’ancien était bringuebalant depuis quinze ans. Je me demande pourquoi j’ai choisi de le faire sous la pluie et à la tombée de la nuit. Peut-être pour trouver une excuse au cas où le résultat ne serait pas tout à fait au rendez-vous. Je dois être sensible au regard des passants sur mon travail et peu confiant, surement, dans mes capacités de bricoleur. Quinze ans, donc, pour me dire que c’était parfaitement idiot, pour bomber le torse et planter un poteau tout droit. (En fait, pas tout à fait, mais c’est parce qu’il pleuvait et qu’il faisait presque nuit). Bon, finalement, l’installation a mieux réussi que je l’imaginais  (je me suis dit, pour blaguer, que tout s’était passé comme une lettre à la poste).

Depuis le lever du jour, préparation de la maison pour Noël. Coupé un petit tronc de houx, puis une branche de fusain pour faire une sorte de sapin de Noël inversé. Il s’agit du même fusain que j’avais maltraité dans mon herbe en biais (ici). Je m’en suis excusé auprès de lui. Des coccinelles essayaient d’hiberner dans une rainure intérieure d’une porte de chambre rarement ouverte : je les ai déposées sur la sauge dans le tunnel. Journée de ménage exténuante. Contrairement au poteau de la boite aux lettres, je suis à plat. Ce soir, pas d’apéro en vue, mais un conte de Perrault : cendrillon.


Mardi 29 décembre 2020 : ces derniers jours, en dehors des séquences de marche (entre deux averses), repli dans la maison auprès du poêle. Grand weekend de Noël avec deux grands enfants. Comme à chaque fois, la fermette profite de leur présence pour mettre à jour son équipement technologique. Le boitier wifi est dans le garde manger. C’est exactement par ce meuble d’un autre temps que la fibre récemment installée dans notre contrée « passe ». D’autres passages : celui de ce site en SSL. Joseph m’a expliqué. J’ai appliqué des consignes sans bien comprendre le récit qui l’accompagne. Sauf peut-être une petite chose : tout est question de cheminement. Le terrain numérique n’est pas abstrait, il est terriblement tangible et même buté. Ça passe ou ça ne passe pas. Ça ne passait pas bien entre l’ordinateur sous Linux d’Anne et son imprimante à bouteilles. Depuis hier soir, grâce à une ligne de code écrite dans un terminal, ça passe. C’est juste aussi compliqué que cela. Point barre.

Journal fermettier janvier 2021

Add a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *