De fil en pierre

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Samedi 10 octobre 2020

18h52 : je viens de réparer un bout de clôture du pré des ânes. Lorsque j’ai voulu ouvrir la barrière, le poteau qui supporte ses charnières est tombé. Pourri. Les ânes se sont approché. J’étais amusé de les voir curieux face à cette barrière au sol. Anne est aussi passée par là, elle m’a suggéré de ne pas faire une réparation “provisoire”. C’est pourtant patiemment ce que j’ai fait. J’ai planté deux piquets pour soutenir l’ancien poteau (j’avais au préalable planté un piquet de soutien à l’endroit où la clôture fait un angle). La terre est plus meuble que cet été, mais je n’ai pas pu enfoncer les piquets comme j’aurais aimé. J’ai mis la barrière à l’envers pour qu’un espace plus grand en bas permette de l’ouvrir sans frotter le sol. Un des quatre fils de la clôture s’est cassé lorsque j’ai commencé à desserrer son tendeur.

Petite galère qui s’est rajoutée à la chute de la barrière occasionnée alors que j’entreprenais de déplacer toutes les affaires de bricolage de l’abri vers la grange. Il n’est pas facile de décrire l’enchainement des gestes qui m’ont fait, à l’instant, terminer ce travail qui s’est, lui-même, imposé au fil d’un enchainement de tâches entreprises tout cet après-midi. Une seule chose les a contenues : le sentiment que rien ne se passerait comme je pouvais l’imaginer. Lorsque le quatrième fil a cassé, j’avais réussi à desserrer puis à attacher les trois premiers (sur leur nouveau piquet) sans embûche. Au moment où j’ai entrepris de m’occuper du dernier fil, je me souviens m’être dit que le dernier fil me réserverait, peut-être, une surprise. C’est après m’être dit cela que le fil a cassé. Retirer un fil enroulé dans un tendeur ne mérite pas que l’on fasse une vidéo de tuto sur YouTube. C’est juste fastidieux. Il faut mêler une sorte de force et de finesse un peu vague. J’ai entrepris de couper deux fils (qui sont eux-mêmes doubles) avec ma tenaille. Cela n’a pas suffi. J’ai recoupé d’autres fils. Il a fallu que je ferraille (ou disons que je « micro ferraille ») pour tout retirer.


La barrière se trouvant plus haute qu’à son habitude, j’ai dû trouver un support pour la reposer. En rentrant à la maison pour regarder l’heure sur la pendule de la cuisine (il était 18h30) j’ai aperçu une pierre qui depuis dix-sept ans me semble bien en peine. Depuis que je la connais, je l’ai déplacée au moins trois fois. De dehors à la grange, de la grange à un autre endroit de la grange, puis de la grange à dehors.

Depuis quelques secondes, elle soutient la barrière. Elle a exactement la taille qui convient. Elle est parfaite. Je la sens très heureuse dans sa nouvelle tâche provisoire. Pour elle aussi, il aura fallu du temps.

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